Dar es-Salaam (Tanzanie). Experts de la santé, ministres, représentants de la société civile et partenaires internationaux ont renouvelé leur engagement à renforcer la lutte contre les maladies non transmissibles (MNT) graves en Afrique, à l’issue de la troisième Conférence internationale sur PEN-Plus, organisée du 23 au 25 juin à Dar es-Salaam.
Les participants ont appelé à un renforcement du leadership politique, à une hausse des investissements nationaux et à une meilleure intégration de la prévention, du diagnostic, du traitement et du suivi des maladies chroniques dans les systèmes de santé africains.
L’objectif est clair : améliorer l’accès aux soins pour des millions de personnes vivant avec des pathologies graves telles que le diabète de type 1, les cardiopathies rhumatismales et congénitales, la drépanocytose ou encore certains cancers.
Plus de 100 millions de personnes concernées
Les enjeux sont considérables. Selon les organisateurs, plus de 100 millions de personnes vivent aujourd’hui avec une maladie non transmissible grave en Afrique subsaharienne.
Si les services spécialisés existent dans certaines grandes villes, leur accès demeure extrêmement limité pour les populations rurales et les communautés les plus vulnérables. Dans de nombreuses régions, les patients restent privés de diagnostics précoces, de traitements adaptés et d’un suivi médical régulier, tandis que le coût des soins constitue un frein majeur à leur prise en charge.
Face à cette situation, les participants ont réaffirmé leur soutien au programme PEN-Plus, une initiative développée en Afrique pour rapprocher les soins spécialisés des populations.
PEN-Plus, un modèle africain de décentralisation des soins
Le modèle PEN-Plus repose sur un principe simple : décentraliser la prise en charge des maladies non transmissibles graves en renforçant les capacités des hôpitaux de premier niveau afin que les patients puissent bénéficier de soins spécialisés sans devoir systématiquement se rendre dans les grands centres urbains.
Le programme favorise également une prise en charge intégrée des maladies chroniques, en améliorant la continuité des soins et le suivi des patients.
À ce jour, vingt pays de la Région africaine de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) ont déjà lancé ou mettent en œuvre cette approche.
Organisée par le gouvernement de la Tanzanie, en partenariat avec le Bureau régional de l’OMS pour l’Afrique et le NCDI Poverty Network, avec le soutien du Helmsley Charitable Trust, la conférence a permis de dresser un bilan des progrès réalisés et d’identifier les priorités pour accélérer la mise en œuvre du programme d’ici à 2030.
« La stratégie PEN-Plus est une réponse africaine à une réalité africaine. Cette conférence constitue une occasion importante de parler d’une seule voix sur l’avenir des services consacrés aux maladies non transmissibles », a déclaré le ministre tanzanien de la Santé, Mohamed Omary Mchengerwa.
Renforcer les investissements nationaux
Les discussions ont également porté sur les moyens d’accélérer les progrès vers les Objectifs de développement durable et la couverture sanitaire universelle.
Pour les participants, cela passe notamment par une meilleure intégration des services de prise en charge des maladies chroniques dans les soins de santé primaires et par une augmentation des financements nationaux consacrés à la santé.
« L’Afrique doit investir davantage dans la lutte contre les maladies non transmissibles grâce à des financements durables. En développant des approches intégrées comme PEN-Plus, nous pouvons garantir aux personnes atteintes de maladies chroniques graves l’accès aux soins vitaux dont elles ont besoin », a déclaré le Dr Mohamed Janabi, directeur régional de l’OMS pour l’Afrique.
Une mobilisation des partenaires internationaux
Les partenaires techniques et financiers ont eux aussi insisté sur la nécessité d’inscrire cette dynamique dans la durée.
« PEN-Plus démontre ce qu’il est possible d’accomplir lorsque les gouvernements et leurs partenaires construisent ensemble des systèmes de santé centrés sur les besoins des patients. Son extension permettra de sauver des vies et de renforcer durablement les systèmes de santé », a estimé James Reid, responsable du programme Diabète de type 1 au Helmsley Charitable Trust.
Au-delà du renforcement des systèmes de soins, les participants ont appelé à agir davantage sur les principaux facteurs de risque des maladies non transmissibles, notamment le tabagisme, la consommation nocive d’alcool, la mauvaise alimentation, la sédentarité et la pollution de l’air.
Ils ont également plaidé pour une collaboration multisectorielle plus étroite et une augmentation des investissements nationaux afin d’alléger le poids croissant que représentent ces maladies pour les ménages, les systèmes de santé et les économies africaines.
En clôture des travaux, les participants ont lancé un appel à une accélération des réformes afin que les pays africains puissent atteindre les objectifs fixés pour 2030.
« PEN-Plus nous montre qu’une approche intégrée des soins, associée à une forte mobilisation des communautés, peut améliorer durablement l’accès aux services de santé et faire progresser l’équité sanitaire », a conclu le Dr Gene Bukhman, professeur à la Harvard Medical School et coprésident du NCDI Poverty Network.
