Lomé. Le Cameroun participe à la sixième édition de l’initiative Heal by Hair, organisée au Togo du 14 juin au 18 juillet 2026. À travers une délégation de psychiatres et d’experts en santé mentale, le pays entend contribuer à l’élaboration d’une réponse africaine aux défis croissants de la santé mentale, en particulier chez les femmes et les jeunes.
Cette participation s’inscrit dans le cadre du partenariat stratégique noué entre le Cameroun et le Togo pour promouvoir des solutions africaines face à une crise sanitaire qui touche l’ensemble du continent.
Selon les estimations, près de 85 % des personnes souffrant de troubles mentaux en Afrique ne bénéficient d’aucune prise en charge, tandis que le continent ne compte en moyenne qu’un psychiatre pour 500 000 habitants.
Former les coiffeuses pour mieux détecter la détresse psychologique
Portée par la Bluemind Foundation, l’initiative Heal by Hair repose sur un concept original : former des professionnelles de la coiffure à repérer les premiers signes de souffrance psychologique et à orienter les femmes vers des structures de prise en charge lorsque cela est nécessaire.
Cette sixième édition ambitionne de former 300 coiffeuses ambassadrices, sélectionnées parmi 1 144 candidatures, dans les régions Centrale, de la Kara et des Savanes au Togo.
La formation est assurée par une équipe de psychiatres et de spécialistes africains sous la coordination du Dr Christian Eyoum, chef du service de psychiatrie de l’hôpital Laquintinie de Douala et vice-président de la Bluemind Foundation. Des experts venus du Cameroun, du Togo et de la Côte d’Ivoire participent également à ce programme.
L’objectif affiché est de contribuer à la prise en charge de plus d’un million de femmes d’ici à la fin de l’année 2026.
Une coopération africaine en faveur de la santé mentale
Pour les organisateurs, la présence du Cameroun dépasse le cadre d’une simple participation technique.
Elle traduit la volonté des deux pays de bâtir une réponse africaine aux enjeux de santé mentale en s’appuyant sur les compétences du continent, les communautés locales et des approches adaptées aux réalités culturelles.
Le Cameroun, qui avait accueilli la troisième édition de Heal by Hair en 2023, entend poursuivre son engagement en faveur d’une meilleure prise en compte de la santé mentale dans les politiques publiques africaines.
« À Douala comme à Kara, nous construisons une Afrique où l’accès aux soins en santé mentale devient une réalité pour toutes les femmes. Nous posons également les bases d’une véritable souveraineté africaine dans ce domaine », explique le Dr Christian Eyoum.
Une initiative qui transforme les communautés
Au-delà de la formation, Heal by Hair s’appuie sur le rôle social des salons de coiffure, souvent considérés comme des espaces de confiance et d’écoute.
C’est le cas de Minette Yoguep, coiffeuse à Douala devenue ambassadrice du programme. Formée lors d’une précédente édition, elle affirme avoir appris à mieux accompagner les femmes fréquentant son salon, en les aidant à reconnaître leur détresse psychologique et à rechercher un accompagnement adapté.
Selon elle, cette expérience a profondément transformé sa pratique professionnelle et son engagement auprès de sa communauté.
La culture au service de la sensibilisation
Au Togo, cette sixième édition s’accompagne également du Festival Heal by Hair, organisé les 3 et 4 juillet.
Au programme figurent concerts, performances artistiques, rencontres communautaires, journées citoyennes et campagnes de sensibilisation dans plusieurs villes, notamment Kara, Sokodé, Dapaong, Pya et Siou. Un événement sportif réunissant les délégations du Cameroun et du Togo viendra également illustrer cette coopération entre les deux pays.
Plus de 600 000 personnes déjà touchées
Fondée par la Franco-Camerounaise Marie-Alix de Putter, la Bluemind Foundation a lancé Heal by Hair en 2022 avec l’ambition de démocratiser l’accès à la santé mentale grâce à une approche communautaire.
Depuis sa création, le programme a permis de former près de 1 000 coiffeuses au Cameroun, au Togo et en Côte d’Ivoire et de sensibiliser plus de 600 000 femmes et leurs familles.
Selon la fondation, le coût de cette approche reste particulièrement faible, avec une dépense inférieure à 650 francs CFA par bénéficiaire, faisant de Heal by Hair un modèle de prévention communautaire à fort impact et facilement reproductible dans d’autres pays africains.
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