En cinquante ans, les populations d’animaux sauvages suivies en Afrique ont fondu de 80 % en moyenne. Dévoilé le 7 octobre 2026 lors d’une conférence de presse en ligne de WWF Africa (ROA) réunissant une centaine des journalistes des pays du Bassin du Congo, le Rapport Planète Vivante 2026 confirme la pression croissante qui s’exerce sur la nature du continent. Ce Rapport Planète Vivante 2026 du WWF sonne l’alarme. Il montre aussi que la faune peut se relever, à condition d’y associer les communautés.

QUE SIGNIFIE RÉELLEMENT CE CHIFFRE DE 80 % ?

Établi par la Société zoologique de Londres à partir de 35 803 séries de données couvrant 5 790 espèces de vertébrés, ce recul de 80 % concerne la taille moyenne des populations suivies entre 1970 et 2022. Il ne signifie pas que l’Afrique a perdu 80 % de ses animaux ou de ses espèces. Le constat reste sévère : au niveau mondial, la baisse atteint 73 %, avec 95 % en Amérique latine et dans les Caraïbes, et 49 % en Asie-Pacifique.

LES CAUSES DU DÉCLIN DE LA FAUNE AFRICAINE:

Destruction des habitats, surexploitation, changement climatique, pollution : derrière ces menaces, le WWF pointe les dérives des systèmes alimentaire, énergétique et financier. Dans le Bassin du Congo, l’agriculture, l’exploitation forestière et minière et les routes fragmentent la forêt. Résultat : les effectifs d’éléphants de forêt ont chuté de plus de 60 %, au détriment aussi de la régénération des forêts et du stockage du carbone.

Le Rapport Planète Vivante 2026, ne se limite pas au pessimisme. Environ la moitié des populations suivies dans le monde sont stables ou en hausse. En Afrique australe, certaines populations d’éléphants progressent là où les communautés locales participent à la gestion de la faune et en tirent des bénéfices. Un résultat obtenu après des décennies d’efforts, de lutte contre le trafic et la corruption. « La question n’est pas de savoir si le rétablissement est possible, mais si nous pouvons construire un avenir où les êtres humains et la faune s’épanouissent ensemble », a déclaré Yvonne GODO, Directrice Régionale du WWF pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe.

BASSIN DU CONGO : UNE FORET SOUS TENSION

Le Bassin du Congo, refuge des éléphants de forêt, des grands singes (dont les bonobos) et des okapis, subit une pression croissante : expansion agricole, exploitation forestière et minière, routes et infrastructures qui ouvrent l’accès aux forêts et les fragmentent. La chasse non durable et le braconnage aggravent la situation. Selon les inventaires du WWF, les effectifs d’éléphants de forêt ont chuté de plus de 60 % en quelques décennies, principalement à cause du braconnage pour l’ivoire et de la perte d’habitat. Leur disparition menace aussi la régénération des forêts, les services écosystémiques et le stockage du carbone.

« Inverser cette tendance exige une action coordonnée des gouvernements, de la société civile et des autres secteurs, en plaçant les peuples autochtones et les communautés locales au centre. », a déclaré Nadège NZOYEM, Directrice Régionale du WWF pour le Bassin du Congo.

BIOBANKING : UN FILET DE SÉCURITÉ, PAS UN SUBSTITUT

Interrogé par Marielle BAKATOULA, Journaliste et Présentatrice du Magazine Écart Vert, sur la place du biobanking dans la conservation, Solani MHANGO, Directeur de la Conservation au WWF Afrique, a répondu qu’il s’agit d’un outil complémentaire important, permettant de préserver la diversité génétique et le matériel biologique au service de la recherche et de la restauration future des espèces. Mais il a été clair : 《il ne doit pas remplacer la conservation sur le terrain》. La meilleure façon de préserver la biodiversité reste de protéger les habitats naturels, de réduire les pressions sur les écosystèmes et de permettre aux populations et à la nature de prospérer ensemble, a-t-il conclu.

CAP SUR LES COP: DE L’AMBITION A LA MISE EN OEUVRE

Le WWF appelle à transformer l’agriculture, l’énergie et la finance, notamment pour combler un déficit annuel de financement de la biodiversité estimé à 942 milliards de dollars. Avec la COP17 sur la biodiversité, la COP31 sur le climat, puis la COP32 à Addis-Abeba, l’Afrique a rendez-vous avec l’histoire. Pour Durrel Halleson, du WWF Afrique, il faut désormais défendre « un programme cohérent » reliant biodiversité, climat, terres et développement, grâce à des financements accessibles et à une action portée par les acteurs locaux.

Le déclin n’est pas une fatalité car, les éléphants d’Afrique australe en sont la preuve vivante. Reste à savoir si les décideurs sauront transformer cet exemple en règle, avant que la nature n’atteigne le point de non-retour.

Le WWF (World Wide Fund for Nature), fondé en 1961, mène un combat mondial pour freiner la dégradation de l’environnement et construire un avenir où l’humain vit en harmonie avec la nature. Avec son Rapport Planète Vivante  2026, il  vise à transformer en profondeur les systèmes économiques, énergétiques et alimentaires qui alimentent la crise environnementale, afin d’éviter des points de bascule irréversibles.

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