Deux ans après avoir réuni le monde à Brazzaville à l’occasionde la ConférenceInternationale sur l’Afforestation et le Reboisement, la République du Congo récidive sur la scène internationale. À Rome en Italie, en marge de la 28e session du Comité des forêts de la FAO, elle a réuni le 29 septembre 2026 par l’entremise du Dr. Rosalie MATONDO, Ministre de l’Économie Forestière, près de cent acteurs de premier plan pour préparer le lancement en 2027, de la Décennie des Nations Unies sur le boisement et le reboisement conformément à la gestion durable des forêts. Un rendez-vous qui confirme la place du pays dans la diplomatie forestière mondiale.
Dans la Salle verte du siège de la FAO, les drapeaux du monde entier tapissent les murs, mais pendant une heure et demie, c’est le Congo qui a guidé les discussions. Autour de lui, des représentants d’États, d’organisations internationales, des scientifiques, des entreprises et la société civile, se sont retrouvés pour un dialogue de haut niveau organisé pendant la Semaine mondiale des forêts 2026. Une rencontre ayant pour objectif de transformer les ambitions mondiales en actions concrètes sur le terrain.
UNE QUESTION BRÛLE SUR TOUTES LES LÈVRES : COMMENT PASSER DES PROMESSES AUX PLANTATIONS ?
Le constat est sans détour. Les forêts subissent de fortes pressions, alors que les pays peinent à tenir leurs engagements mondiaux à l’horizon 2030. Pourtant, le boisement et le reboisement offrent des réponses multiples : restaurer les paysages dégradés, accroître la couverture forestière, séquestrer le carbone, soutenir les moyens de subsistance et le développement économique. À une condition : des efforts soigneusement planifiés, fondés sur la science, centrés sur les populations et adaptés aux réalités locales.
COMMENT UNE IDÉE NÉE À BRAZZAVILLE A BASCULÉ EN AMBITION MONDIALE ?
Rien n’est dû au hasard. Tout commence en novembre 2022, à la COP27, en Égypte. Le Président Denis Sassou N’Guesso y lance l’initiative d’une Décennie mondiale d’afforestation et de reboisement. Adoptée en février 2023 par le Sommet de l’Union africaine, l’idée prend forme à Brazzaville. Du 2 au 5 juillet 2024, la capitale congolaise accueille la première Conférence internationale sur l’afforestation et le reboisement, qui débouche sur la « Déclaration de Brazzaville ». À l’ouverture, le chef de l’État invite ses homologues à l’action pour la survie de la planète.
L’appel est entendu. En 2025, l’Assemblée générale des Nations Unies proclame la Décennie du boisement et du reboisement conformément à la gestion durable des forêts (2027-2036). Autrement dit, ce qui est devenu un cadre onusien est parti des rives du Congo, porté par la vision de son Président.
FAO ET CONGO: DE L’AMBITION AUX RÉSULTATS À TRAVERS UN MÊME APPEL À L’ACTION
Ces assises tenues en Italie, ont été ouvertes par le Directeur général de la FAO, M. Qu Dongyu, aux côtés de la Ministre de l’Économie forestière du Congo, Dr. Rosalie Matondo. Tous deux ont insisté sur sur l’importance de renforcer l’action mondiale au profit du boisement et du reboisement car, pour eux, « la Décennie doit être celle des résultats ».

« La prochaine Décennie des Nations Unies offre une occasion cruciale de renforcer davantage les actions de restauration », a déclaré le patron de la FAO, appelant à mobiliser les pays et à partager connaissances, données et bonnes pratiques.
DES ARBRES À PLANTER, DES FORCES À UNIR
Une Décennie ne réussit pas sans ceux qui la feront vivre. Le Professeur Labode Popoola, du Forum africain sur les forêts, en a fait son credo. Après avoir retracé la genèse du cadre de la Décennie, ses axes stratégiques et ses priorités, il a plaidé pour une consultation large, afin que chacun s’approprie l’ambition commune plutôt que de la subir.
Dans la salle, le message a trouvé un écho mondial. L’Irlande (S.E. Niall Collins), la République dominicaine (M. José Elías González), l’Indonésie (S.E. Rohmat Marzuki), l’Ouzbékistan (M. Obidjon Nematovich Qudratov) et les États-Unis (M. Tom Schultz) ont partagé leur expérience. Des contextes différents mais, avec un même objectif : des forêts qui durent.
La science et l’économie ont aussi pris la parole. M. Robert Nasi, du CIFOR et de la Landscape Alliance, a apporté l’éclairage de la recherche. Mme Françoise Van de Ven, présidente de l’ATIBT, a porté celle des industries forestières durables. Le signal est clair : le reboisement ne se fera ni sans les chercheurs, ni sans les entreprises.
Reste à éviter l’éparpillement. M. Zhimin Wu, Directeur de la Division des forêts de la FAO, a appelé à unir les forces, en créant des synergies entre les grandes initiatives de restauration, à commencer par la Décennie des Nations Unies pour la restauration des écosystèmes, codirigée par la FAO et le PNUE.
UNE FEUILLE DE ROUTE EN TROIS AXES
Le dialogue s’est conclu sur une feuille de route à court terme, articulée autour de trois priorités :
- informer les parties prenantes et renforcer la base de connaissances et de données probantes ;
- mobiliser les pays, les partenaires et les ressources ;
- mettre en place les mécanismes nécessaires pour soutenir la mise en œuvre.
Le calendrier est désormais fixé : d’ici 2027, la République du Congo et ses partenaires continueront de travailler pour élargir la mobilisation, renforcer la coordination et bâtir une Décennie « ambitieuse et inclusive ». Après avoir ouvert la voie à Brazzaville en 2024, puis rallié les grandes capitales à Rome, le pays du bassin du Congo, l’un des grands poumons verts de la planète, démontre qu’il ne se contente pas de défendre ses forêts, mais il entend faire planter, au sens propre comme au figuré, l’avenir forestier du monde.
