Lors du sommet Africa Forward à Nairobi, la France a promis des milliards d’euros et des milliers d’emplois pour la transition écologique en Afrique. Mais derrière ces belles promesses, les experts tirent la sonnette d’alarme : le continent doit absolument éviter le piège du « colonialisme vert ». Explications.

Imaginons la scène : un pays possède tout ce qu’il faut pour fabriquer les technologies du futur (comme des batteries de voitures électriques ou des panneaux solaires). Pourtant, des entreprises étrangères viennent chercher ces richesses brutes, les ramènent chez elles pour les transformer, et revendent les produits finis au prix fort, sans que les habitants sur place n’en profitent.

Ce système injuste porte un nom : l’extractivisme. C’est ce qui s’est passé pendant la colonisation. Aujourd’hui, alors que le monde entier veut passer aux énergies renouvelables, le risque est grand de voir apparaître un « colonialisme vert ».

Les deux visages du sommet Africa Forward

Organisé à Nairobi, ce grand sommet entre la France et l’Afrique a affiché des chiffres impressionnants. Le président français Emmanuel Macron a annoncé 23 milliards d’investissements et la promesse de créer 250 000 emplois dans les énergies propres et l’alimentation durable.

Sur le papier, c’est une chance immense. L’Afrique a des besoins urgents :

  • Le continent possède 40 % du potentiel solaire mondial, mais la moitié de sa population n’a toujours pas accès à l’électricité.

  • Plus de 20 % des habitants souffraient encore de la faim en 2024.

  • Un million de jeunes Africains entrent sur le marché du travail chaque mois, et le continent manque cruellement d’usines pour leur donner un job.

Le trésor des « minerais critiques »

Le nœud du problème se cache sous le sol africain. Le continent abrite 40 % des réserves mondiales de minerais critiques (comme le lithium, le cobalt ou le cuivre). Sans ces roches, impossible de fabriquer la moindre voiture électrique ou éolienne en Europe !

Jusqu’à présent, ces ressources étaient extraites par des entreprises étrangères, envoyées en Chine pour être transformées, et l’Afrique n’en retirait presque rien.

« Les minerais sortent en ressources brutes, sont transformés ailleurs, et ce ne sont pas les pays africains eux-mêmes qui en profitent. » — Élisabeth Hege, chercheuse à l’IDDRI.

Aujourd’hui, la jeunesse et les dirigeants africains disent STOP. Ils veulent construire des usines sur place, pour transformer le lithium et le cuivre en Afrique, créer de vrais métiers qualifiés et exporter des produits finis qui rapportent beaucoup plus d’argent aux économies locales.

La France face à un choix stratégique

Pour la France et l’Europe, l’enjeu est énorme : elles ont absolument besoin de ces minerais pour réussir leur propre transition écologique et dépendre moins de la Chine.

La France a donc une carte historique à jouer. Au lieu de répéter les erreurs du passé, elle peut proposer un tout nouveau modèle de partenariat : aider l’Afrique à créer sa propre industrie verte, tout en sécurisant ses approvisionnements. Un contrat « gagnant-gagnant », pour que la transition écologique ne se fasse plus sur le dos du continent africain, mais avec lui.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *