À Ermelo, au cœur de la province minière du Mpumalanga, les tunnels obscurs d’une mine abandonnée résonnent du fracas des pioches et du grondement des brouettes. C’est ici, à des kilomètres sous terre, que des dizaines de jeunes Sud-Africains risquent quotidiennement leur vie pour extraire du charbon. Un travail de forçat qui met en lumière les failles d’un modèle économique à bout de souffle, au moment même où le pays tente de négocier son virage vers les énergies renouvelables.

⛏️ « Artisanal » ou « illégal » : La mine comme ultime recours

Pour Cyprial (un pseudonyme), l’obscurité des puits a remplacé ses rêves d’études de droit. Comme la moitié des jeunes d’Ermelo, il survit grâce à l’exploitation de galeries désaffectées par les multinationales. Dans ces tunnels artisanaux, où le plafond de pierre n’est soutenu que par quelques troncs d’arbres, la peur de l’effondrement est permanente.

Le profil de cette activité divise profondément le pays :

  • La version du gouvernement : Le président Cyril Ramaphosa qualifie ces travailleurs de « criminels » et de « menace » pour l’économie et la sécurité nationale, déployant régulièrement les forces de l’ordre pour fermer les puits.

  • La réalité des mineurs : Pour ces hommes, il s’agit d’une « mine artisanale » vitale pour les communautés. Le Mpumalanga affiche un taux de chômage structurel de 34 %. Paradoxalement, alors que la province produit 80 % de l’électricité du pays, la majorité des habitants vivent dans des cabanes sans accès au réseau, l’électricité officielle étant devenue trop chère pour eux. Le charbon extrait illégalement sert donc directement à la cuisine et au chauffage local.

💰 Le mur budgétaire de la légalisation

Face à la répression, les mineurs tentent de s’organiser. L’Association nationale des mineurs artisanaux (NAAM) réclame des permis d’exploitation collectifs pour sortir de la clandestinité. Mais le cadre légal reste un parcours du combattant bureaucratique et financier inaccessible pour ceux qui vivent au jour le jour.

Le coût de la légalité : Entre l’achat des terrains, l’obtention des études environnementales et la constitution obligatoire d’un fonds de réhabilitation écologique, la facture s’élève au bas mot à 3 millions de rands (environ 174 000 $). Une somme astronomique pour ces communautés marginalisées.

⚡ Le paradoxe du JETP : Une transition vraiment juste ?

L’Afrique du Sud, qui figure parmi les 12 plus grands émetteurs de gaz à effet de serre de la planète, a été en 2021 le premier pays au monde à signer un Partenariat pour une transition énergétique juste (JETP). Cet accord historique de 8,5 milliards de dollars, financé par des pays riches, vise à acter la fermeture progressive des centrales et des mines de charbon au profit du solaire et de l’éolien.

Mais sur le terrain, l’inquiétude grandit. Le secteur formel du charbon fait vivre plus de 100 000 familles. Pour les militants locaux, la transition énergétique actuelle risque de reproduire les schémas d’exclusion du passé :

  • Réparer l’histoire : À l’époque de l’apartheid, l’industrie minière était le domaine exclusif de la minorité blanche. Pour la NAAM, une véritable transition doit permettre aux citoyens ordinaires d’accéder enfin à la propriété des richesses minérales.

  • Changer de modèle : « Pour nous, une transition juste signifie passer d’une forme d’exploitation minière destructive à grande échelle à un secteur minier durable, artisanal et communautaire », plaide Zethu Hlatshwayo, porte-parole de l’association.

🌍 L’après-charbon : Le défi des métaux critiques

L’abandon progressif de l’or noir ne signifiera pas la fin des mines dans le Mpumalanga. La fabrication de panneaux solaires, d’éoliennes et de véhicules électriques nécessite des volumes massifs de minéraux critiques dont le sous-sol sud-africain regorge.

Pour les syndicats et les ONG environnementales, la bataille ne fait que commencer : le succès écologique de la transition sud-africaine ne se mesurera pas seulement au nombre de centrales au charbon démantelées, mais à sa capacité à intégrer socialement ses populations les plus vulnérables. Sans cela, la transition énergétique ne fera que fabriquer de nouvelles générations de laissés-pour-compte.

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