Ecology system green tropical mangrove forest in sea bay aerial view

C’est un signal d’alarme que la communauté scientifique redoutait. Après l’Amazonie, la forêt humide africaine est à son tour en train de basculer : au lieu de freiner le réchauffement climatique, elle commence à l’alimenter. Alors que la déforestation montre des signes de recul en Amérique du Sud, elle s’accélère de façon dramatique en Afrique centrale.

Le « deuxième poumon vert » de la planète s’essouffle

S’étendant sur six pays d’Afrique centrale, la gigantesque forêt humide du Congo a longtemps mérité son titre de « poumon de l’Afrique ». Jusqu’à présent, les modèles climatiques estimaient qu’elle absorbait chaque année environ 600 millions de tonnes de CO2, jouant un rôle de bouclier thermique indispensable pour la planète.

Mais ce modèle est obsolète. Une étude internationale d’envergure, menée par l’Université de Leicester (Royaume-Uni) et publiée dans la revue Scientific Reports, révèle une réalité bien plus sombre.

Le chiffre clé : Entre 2011 et 2017, les forêts africaines ont perdu en moyenne 106 millions de tonnes de biomasse par an, ce qui équivaut à l’émission de près de 200 millions de tonnes de CO2 rejetées annuellement dans l’atmosphère.

L’essentiel de cette saignée environnementale se concentre dans le bassin du Congo, principalement sous la pression des coupes forestières illégales et de l’expansion de l’exploitation minière.

Quand les puits de carbone deviennent des usines à CO2

Pour comprendre la gravité de la situation, il faut revenir au cycle naturel des forêts. Par définition, une forêt saine est un « puits de carbone » : les arbres absorbent le CO2 pour grandir. En contrepartie, la décomposition naturelle des plantes mortes recrache une partie de ce gaz.

Le point de rupture est atteint lorsque les activités humaines (routes, mines, agriculture) détruisent plus d’arbres que la nature ne peut en régénérer. Le puits se sature, se retourne, et se transforme en émetteur net. Un cercle vicieux qui s’ajoute aux milliards de tonnes de gaz à effet de serre déjà produits par les énergies fossiles.

« Si nous perdons les forêts tropicales comme moyen d’atténuer les changements climatiques, nous devons dès lors réduire nos émissions mondiales encore plus vite », prévient Heiko Balzter, géographe physique et auteur principal de l’étude.

Une crise mondiale globale, un angle mort africain

Ce phénomène de bascule n’est malheureusement pas isolé :

  • En Amazonie : Le processus est déjà largement documenté, bien que les efforts politiques récents tentent d’en freiner la progression.

  • Dans les forêts boréales (Canada) : Une étude publiée dans Science démontre qu’à cause d’incendies de plus en plus ravageurs, certaines forêts du Nord ont triplé leurs émissions de CO2.

Pourtant, malgré l’urgence, le bassin du Congo souffre d’un déficit chronique d’attention et de financements internationaux par rapport à ses homologues américains ou asiatiques. Un biais scientifique et médiatique que déplore depuis des années Simon Lewis, directeur de l’Initiative scientifique du bassin du Congo.

Le spectre du point de non-retour hydrologique

Au-delà des arbres coupés, c’est toute la mécanique climatique régionale qui menace de s’effondrer. Une forêt tropicale vit en autarcie grâce à un cycle de l’eau ultra-sensible : la dense canopée transpire, crée des nuages, qui provoquent des pluies, alimentant à leur tour le sol.

Chaque hectare de forêt abattu brise un maillon de cette chaîne. Moins d’arbres signifie moins d’humidité, des sols plus secs et, à terme, un assèchement global de la région. Si ce seuil critique est franchi, la forêt du Congo ne pourra plus s’auto-entretenir, précipitant la mort programmée de l’un des plus précieux remparts de l’humanité contre le chaos climatique.

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